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Autopsie des elections americaines: incidences sur le Canada




Biographies des commentateurs



Thomas G. Weston est ambassadeur suppleant des Etats-Unis au Canada et charge d'affaires a l'ambassade des Etats-Unis a Ottawa. Diplomate de carriere depuis 1969, il etait, jusqu'a son arrivee a Ottawa en juin 1966, le directeur des etudes de la Walsh School of Foreign Service de l'Universite de Georgetown. Il avait ete auparavant sous-secretaire d'Etat adjoint pour l'Europe et le Canada. Pendant le plus clair de sa carriere, M. Weston s'est specialise dans les questions allemandes, ayant ete en poste a Bonn, a Breme et au Bureau des affaires d'Europe centrale du Departement d'Etat. Il a egalement travaille au Bureau des relations avec le Congres du Departement d'Etat. M. Weston a fait ses etudes a l'Universite d'Etat du Michigan (ou il a egalement enseigne), a l'Universite de Georgetown et a l'Universite George Washington.

Richard Dresner est le president-fondateur du cabinet Dresner, Wickers and Associates, Inc. Ancien vice-president principal de Louis Harris and Associates, M. Dresner compte plus de 20 annees d'experience en matiere de strategie politique et de sondages d'opinion.

En plus d'avoir ete le conseiller du President Clinton, il a egalement ete consultant, stratege et charge de sondages pour, entre autres, les senateurs republicains Jim Jeffords (Vermont), Warren Rudman (New Hampshire) et Mark Andrews (Nord- Dakota), les gouverneurs republicains Pete Wilson (Californie), Mike Hayden (Kansas), Allen Olson (Nord-Dakota), le gouverneur democrate Ed King (Massachussetts) et plusieurs maires des deux affiliations politiques. M. Dresner a de plus ete le conseiller du President Eltsine pendant sa campagne de reelection, et il a ete cite dans un article de Time Magazine consacre a ces memes elections. M. Dresner a fait ses etudes a l'Universite de New York et a l'Universite Columbia, et il a enseigne les sciences politiques au College Hunter et a la City University de New York. Il a par ailleurs conduit plusieurs etudes pour les journaux de la chaine Gannett, la revue Newsweek, le Musee americain d'histoire naturelle et d'autres institutions encore.

Graham Fraser est le fils du celebre journaliste canadien Blair Fraser et il est, depuis 1993, le correspondant a Washington du Globe and Mail. Il a acquis une reputation enviable en tant que journaliste et ecrivain.

Ne a Ottawa, il a commence par travailler pour le Star de Toronto (1968-1970), puis a ete chef d'antenne au Quebec successivement pour la revue Maclean's, la Gazette de Montreal et le Globe and Mail. Il etait le chef d'antenne du Globe and Mail a Ottawa lorsque le journal l'a envoye comme correspondant a Washington.

M. Fraser est l'auteur, entre autres ouvrages, de PQ: Rene Levesque and the Parti Quebecois in Power (mis en candidature en 1984 pour le Prix du Gouverneur general dans la categorie Essais) et de Playing for Keeps: The Canadian Election of 1988 (1989). Il est diplome en histoire de l'Universite de Toronto.


Note documentaire



Les elections americaines de 1996, remportees facilement par le President en exercice Bill Clinton, ont massivement reaffirme le statu quo puisqu'un seul senateur et une poignee seulement de representants n'ont pas ete reelus. Ces elections ont peut-etre aussi produit, pour la politique americaine, un nouvel equilibre. En effet, depuis la montee de Roosevelt dans les annees trente, les Etats-Unis avaient coutume d'elire des Congres democrates, generalement aux deux Chambres mais au moins dans l'une des deux. Les seules exceptions se sont produites en 1946, 1952 et 1994. Ces elections-ci se sont traduites par la reconduction a la presidence d'un Democrate pour la premiere fois depuis Franklin Delano Roosevelt, et par la premiere reconduction d'un Congres majoritairement republicain depuis 1928.

Ce furent egalement des elections frappees du sceau du donnant-donnant: Clinton a ete reelu avec pour mandat de proteger le Medicare, le regime americain d'assurance medicale, et de soulager les familles de leur fardeau fiscal, alors que les Republicains ont remporte la majorite a la Chambre parce que la population escompte d'eux qu'ils freineront les depenses, diminueront la fiscalite et reduiront le deficit. Le message envoye implicitement par les electeurs est que les politiciens doivent mettre de cote leurs divergences de vues et travailler la main dans la main.

Enfin, ces elections ont etonne par l'absence de ferveur et par l'apathie qui a, pour l'essentiel, caracterise la participation electorale des Americains, a quelques notables exceptions pres, la principale etant la population hispanique qui, animee par la colere a l'endroit des politiques anti-immigration de Washington, s'est inscrite et a vote en masse.

Ce que Clinton essaiera de realiser pendant son second mandat dependra en grande partie de la faculte qu'il aura de travailler avec le Congres. A la Maison Blanche, on laisse deja entendre que le President va aller chercher dans les rangs republicains pour doter certains postes-cles appeles a devenir vacants, dont ceux de Secretaire d'Etat, de Secretaire a la Defense, de Secretaire au Commerce et de Secretaire a l'Energie. Une des nominations les plus importantes sera celle du Secretaire d'Etat, etant donne que la politique etrangere est un des domaines dans lesquels le president serait normalement le moins contercarre par un Congres republicain. Le nom de Colin Powell a deja ete avance comme successeur possible de Warren Christopher, tout comme ceux de Madeleine Albright, Richard Holbrooke, Strobe Talbot, ainsi que des ex-senateurs George Mitchell et Sam Nunn.

Certains oracles politiques predisent pour leur part que Clinton ne tentera pas de faire grand chose pendant son second mandat, en partie parce qu'il a tire les penibles lecons de l'echec de sa reforme visionnaire de l'assurance-sante, et en partie aussi parce que c'est un President qui aime etre populaire. Clinton ne veut pas compromettre sa cote de popularite, de sorte qu'il sera particulierement prudent. D'autres avancent que, puisqu'il vient de livrer sa derniere campagne electorale, Clinton utilisera son second mandat pour se menager une place dans les manuels d'histoire. Clinton aimerait en effet laisser derriere lui un heritage legislatif en faisant adopter des projets de loi sur le controle du deficit, l'equilibre budgetaire, le financement des campagnes electorales, la reforme de l'education et celle de l'assistance publique, ainsi que son programme sur la priorite a la famille.

Du point de vue de la politique etrangere - la ou les repercussions pour le Canada sont les plus importantes - le resultat de ces elections ne devrait pas entrainer un revirement majeur des politiques americaines. Bien au contraire, c'est le statu quo qui devrait la aussi etre a l'ordre du jour. Au plus, Clinton deviendra plus actif encore en matiere de politique etrangere car il se sent plus a l'aise sur la scene mondiale, mais aussi parce qu'il a davantage de latitude pour agir de facon unilaterale. La premiere grande decision de Clinton sera de maintenir ou non des troupes americaines en Bosnie apres la date prevue pour leur desengagement, en decembre 1996. On doit s'attendre a ce que l'OTAN recommande, lors d'une reunion qui aura lieu a Paris ce mois-ci, une force de releve. Pour le Canada et l'Europe, la priorite consistera a convaincre les Etats-Unis de conserver un effectif militaire en Bosnie de maniere a conforter la legitimite du contingent international. Il se pourrait egalement que le Canada et l'Europe fassent front commun contre Washington dans le dossier Helms-Burton, peut-etre meme en saisissant l'Organisation mondiale du commerce d'une plainte contre les Etats-Unis. S'agissant de l'elargissement de l'OTAN, Clinton est favorable aun programme d'elargissement rapide, alors que les pays europeens privilegient pour leur part une approche plus prudente.

Le statu quo decoulant des elections americaines doit etre percu dans l'ensemble comme une bonne nouvelle pour le Canada. Le President Clinton et le Premier ministre Chretien ont, depuis quatre ans, noue des rapports tres etroits, sur le plan tant politique que prive, et cette relation privilegiee devrait se poursuivre jusqu'apres le tournant du siecle (a condition que les Liberaux soient reelus). En outre, le virage du Parti democrate vers le centre du spectre politique signifie que les Liberaux et les Democrates ont desormais encore plus de choses en commun. Les deux partis ont ete contraints a plus de moderation dans leurs politiques sociales et a plus d'assiduite dans la reduction du deficit et des depenses de l'Etat. Cela etant, il ne fait pas de doute qu'il demeurera des zones de tension et de friction entre le Canada et les Etats-Unis - surtout en matiere commerciale - mais cela aurait de toute maniere ete le cas quelle qu'eut pu etre l'allegeance politique de l'occupant de la Maison Blanche.